AUTUMN 2015 / by Julien Mignot

C'est comme si l'hiver était tombé d'un coup. Il faisait froid aujourd'hui. Nous avions frissonné depuis le petit matin et cette première averse. Puis le vent était venu balayer les dernières feuilles suspendues aux arbres.

C'était mon anniversaire. Une autre fête avaitson paroxysme, à Liberation, l’une des dernières avant la fermeture du journal. Mes amis et moi étions au studio. Une fête surprise, une improvisation camarade.

À 21:42 le téléphone a sonné. La rédaction. Je n'ai pas répondu. Les premières nouvelles sur les fils. Les premiers SMS inquiets de ceux qui ont compris plus vite que quelque chose auquel on ne veut pas croire se jouait, tombaient.

Le X en deuil. Des coups de feu. Partir ou pas sur le terrain. Une prise d'otage. Le Bataclan. Les amis. Où êtes-vous? Ça va? Tout est ok? Barricadés. Calfeutrés. Les réseaux sociaux qui s'agitent. Le silence dans la pièce. Tout le monde se tait. Scrute le fil. L'un des convives a des amis au Bataclan. 15 minutes longues comme des jours. Elle est touchée, mais elle va bien. Et les autres ? On ne sait rien. Un autre a sa femme, une amie proche qui n'est pas là. Repas de famille. Festif. Septime. C'est rue de Charonne, comme les coups de feu. Le sommelier appelle. Personne n'est touché. Mais une rafale de balle a déglingué la vitrine de Clamato. Notre amie va bien. Dans le noir, au fond du restaurant. La police veille.

Les autres? On attend. Les nouvelles rassurantes tombent.

Et puis les sirènes. Tout est trop calme. Les sirènes encore. Seuls quelques Uber circulent avec les ambulances, les pompiers et les voitures policières presques banalisées. Le reste au loin ce sont des sirènes, encore, qui précèdent le glissement sonore de l'asphalte. On ne comprend plus rien. Je suis né un vendredi 13 il y a 34 ans. Et depuis ce treize-là, novembre ne sera plus jamais comme avant.

  

Le 13 c'est le premier jour où on a eu de la lune, et tu sais quoi ? Malgré tout, ça nous a rassurés.

 ***

 Juste avant le drame, nous étions au centre du Grand Palais.

Le vernissage de Paris photo c'était hier. Je regardais les images. Papier peint bourgeois pour collectionneur à peu de frais. Au centre de la nasse, sous la coupole, je me demandais, « mais pourquoi court-on ? ». Je n'ai jamais été aussi près de produire un début d'œuvre personnel et je ne me suis jamais senti aussi peu en adéquation avec le sens global de ce qui ne tient pas dans le cercle restreint de mes amitiés précieuses, exception faite, quelques écarts donnent de l'éclat. Comme une lumière qui change. Comme un soleil qui tourne et se reflète subitement dans un carreau lointain, laissant la brillance trouver notre rétine, loin à l'horizon. On ne peut pas décrire la guerre. On ne peut pas décrire le désordre. On ne peut pas décrire la paix. On ne peut pas décrire l'amour. Nous ne fabriquons que des écrans pour projeter une réalité personnelle et espérer qu'elle trouvera un écho vers d'autres d'horizons. Celui de la ligne sensible que détient le spectateur.

 

On ne distingue que des limbes et des banquiers. Des kilomètres de cravates regardent les désastres du monde. Des sacs Givenchy arment des silhouettes oblongues, des déesses précieuses et occidentales dont l'autre bras cherche vainement la main d'un ami aimant. Curieusement des vases en éclats disposent de plus de succès que des rhinocéros écornés. Le musée d'art moderne est rempli des invités du prix international que l’on remet. Je ne parviens pas à trancher. C'est sans doute un bien pourtant. Ou de la bien-pensance. J'oscille. Louvoiement dans les salles. Je me camoufle avec un verre de champagne et pourtant, comme la corne du rhino, ça se voit comme le nez au milieu de la figure à quel monde j'appartiens. Le prix est décerné comme si j’avais joué aux fléchettes ivres mort. Hors cadre, hors cible, au mieux, au hasard. L’un des prix les plus courus de la photographie revient, et cela n’engage que moi, à la propostion que j’estime la plus consensuelle et lisse. Comme la peau de la lauréate, tendue sur les pattes et profilée chirurgicalement, qui reçoit le chèque des mains de Kofi Annan. Je voudrais tellement comprendre.

***

 C'est un restaurant banal.

Une grande table, autour de laquelle s’égrainent d'autres pour deux, un gré sombre au sol et des chaises Starcks en polymère transparent. Pas de nappage et des serviettes en papier. Tout le monde parle anglais. Sauf peut-être la serveuse au comptoir à l'entrée qui a un fort accent français, mais qui me reçoit sans épargner Molière.

En face de moi, un couple typique de British, calé juste à ma gauche, au fond à droite près de la baie vitrée qui donne sur le golf.

Madame me fait face. C'est peut-être pour cela que je l'entends plus que son présumé mari, qui, selon leur âge avancé, devrait tenir ce rôle. La grande table perpendiculaire à droite est aussi tout à fait anglo-saxonne. On parle haut et fort avec un fort accent écossais, nimbé d’highlands, ce qui ne fait absolument pas désordre dans ce décor champêtre.

Il est, je le croyais jusqu'alors, de bon ton dans la bonne société anglaise, de rester discret. J'ai appris, tout en mangeant un confit de canard à propos, puisque je suis dans le Sud-Ouest, que le flegme anglais pouvait se rompre parfois d'une manière spectaculaire, y compris en situation sociale.

La lady lève une première fois le nez de son assiette. Le propos est cinglant, ciselé, et discret. En une phrase, je saisis le léger mouvement d'épaule de son mari qui enfonce un peu plus son cou dans son buste. Il est allant et plutôt taillé pour son âge, mais l'on sent tout de suite dans ce léger changement d'attitude corporelle, que la flèche a fait mouche. Il continue de regarder son verre comme si de rien n’était, faisant valser le vin rouge délicatement entre le pouce et l'index. Il prend son temps.

Puis il décoche à son tour la riposte. Infra basse en opposition directionnelle, je n’attrape pas le verbe au vol. Madame encaisse, puis, d'un « well » appuyé, accordé à la remise en place caustique de son chignon qui aurait fait pâlir un boxeur qui rentre sur le ring, elle déroule la litanie de reproche qui était restée bandée dans son for intérieur.

Un gauche, un droit, la rythmique est saillants. Le verbe, propice à la joute, est percutant. Le mari encaisse, le rouge aux joues, celui dans le verre a stoppé la danse. Je tente vainement de détecter le cœur de la querelle camouflé dans les cliquetis des couverts, qui s'apparente à des recharges de barillets, les regards fringants des convives d’à côté qui comprennent qu'un cas d'école se joue dans ce soin de la salle puisque la retenue est désormais bien rangée derrière les verres de rosé.

Dans la confusion à peine camouflée, l'assaillant déballe les lames et les usent à l'endroit, les larmes coulent sur son minois, maintenant dégoulinant de fard humide. Mise à l'épreuve par la saillie waterproof, elle décroche vers les water-closets.

Côté garçon c'est le démarrage en côte. Point mort. Un ange passe, puis deux, la tablée ne rigole plus du tout, les écossais en sont kit pour le volume sonore déployé. Et le silence devient embarrassant. Elle tire la chasse, il vide son verre. Madame revient d'un clapclap glaçant sur le gré froid. La chaise en plastique racle le sol et son mari reprend la main. Les deux mains de part et d'autre du verre maintenant vide d'un trait, il entame sa tirade. En deux mots, c'est plié. Le rimmel est définitivement foutu, les coups bas peuvent pleuvoir.

Il assène pour conclure un « that’s it, it’s finnished » qui cingle la salle entière en résonnant sur le sol. Un verre se brisant n'aurait pas fait plus grand bruit. Le couple, s'il est encore temps de le décrire ainsi s'observe. Plus rien ne bouge. C'est elle qui détale la première et rompt le statu quo de la scène après avoir effeuillé tous les billets de son portefeuille.

Finalement je comprends qu’à la retraite aussi et sous couvert d'apparences flegmatiques, on peut encore être adolescent. Elle sort, hautaine et guindée à souhait, son dos entier revissé sur ses gonds. S'il n'avait pas remis son manteau en même temps qu'il marchait, son mari aurait pu aussi sauver les apparences. Le règlement se dénouera dans l'intime. Au chevet de la bête mourante, de l’amour ou de l’homme, on ne sait plus.

Ce qui est certain, c’est que l’on peut définitivement avoir 20 ans toute sa vie.

***

La dîme de l'automne c'était la fumée de nos deux cigarettes qui s'écrasent en cœur dans les cendriers. L'un est sur le comptoir, l'autre prêt de moi, entre lesplaques céramiques de la cuisine et l’évier. Il me plait de m'installer là, protégé. Dans ce cas précis, je ne sais pas si le pire danger vient de toi ou s'il vient de moi. Nous rentrions seulement de Clermont par voie ferroviaire. Il y a eu moins d'égards que d'arrêts pendant le trajet.

 

Je suis rentré de chez Fred en Vespa. Je n'étais pas rentré ivre depuis longtemps. Sillonnant Paris en zigzaguant, tirant des bords entre des états d'âme passagers. Ivre de whisky et de cigarettes. Le monde derrière moi refait à neuf en quatre ou cinq couches, luisait encore de lustre dans le rétroviseur. Je n'avais pas de port d'attache, aucun mouillage en bout. Juste mes draps comme un sémaphore et ma cuite comme une gageure pendante et fiévreuse qui traînait sur mes commissures colmatées.

Il faudrait un palace pour accueillir les nuits sans fin. Un palace entier dédié rien qu'à les garer dans la longueur. Dans leurs grandes largeurs aussi. Stocker des palabres, à la rigueur, pourquoi pas. Bref un espace consacré aux sacrifices de notre peau qui vacille avec les engins que l'on chevauche. Il faudrait des hangars pour stocker nos humeurs, des litres d'espaces pour combler le vide intersidéral que fabriquent en boucle des cathédrales de manques.

 

Ce soir j'écris encore sur les mêmes thématiques. Des clopes, des filles et des sentiments. À la fin, je voyage pour rien. Quelques lignes sur le sujet, vite fait. Et puis plus rien. La tentative de sondage sous-jacente est une marotte usée, mais c'est encore la seule motrice capable de nous permettre de comprendre que nous écrivons sur ce qui nous manque ou sur ce que nous ne comprenons pas. Jamais sur ce que l'on ne connaît que trop bien ou sur ce qui est acquis. Je me trompais, moi qui croyais maîtriser ne serait-ce que les Craven. 

***

J’ai récupéré des pellicules datant de l’été. Corse, Bretagne, New York. C’est le jeu. Je me dis souvent que toute ma vie tient sur une bande de gélatine sensible. Et c’est sensiblement la même chose dans les faits, ce long ruban qui se débine comme un tapis roulant. Reste à savoir qui bouge. Si c’est le temps qui file sous nos pieds, ou si nous sommes mouvants dans l’espace. C’est à ça que je pensais tout haut dans mes voitures de location successives en parcourant les régions françaises pour Le Monde. J’avais tout le temps. Je pouvais contempler le vide de notre cher pays. À quel point, en dehors des villes, la pression n’existe pas. Seules les intempéries peuvent légitimement avoir un impact ici. Je ne comprenais pas les prédictions à tendance très droitières du sud-est, ici, en Camargue. Je ne les comprenais pas plus sur la plage de Berck-sur-Mer en regardant l’horizon. La mer était bien trop démontée pour voir débarquer des migrants égarés, et pourtant. Alors l’emploi, ou plutôt le chômage est une menace sans doute plus redoutable encore. La première n’étant peut-être qu’une conséquence de la première. Je me suis souvent dit que le candidat Front National représentait le candidat du confort. De la crainte depuis le canapé, accusant la globalité entière des médias, comme on plonge la main machinalement dans le paquet de chips. 

***

Je rentrais tard. Je portais des baskets hautes, ainsi le passage ne résonnait pas. On n’entendait juste le souffle du vent dans les cheveux et quelques oiseaux chanter. Ce que je trouvais par ailleurs curieux en ce mois de décembre. La sérénité s’était enfin affaléesur la ville. Cela faisait un mois que nous l’attendions enfin. Il pleuvait ces jours-ci par intermittence, et la pluie de ce soir avait lavé l’air lourd de ce mois pesant. Ça n’était rien. C’était tout. Tout changeait. Je veux dire, comme ces grandes périodes de changement qui frémissent parfois sans que l’on se rende compte que l’ordre des choses sera bousculé.

Or, nous nous rendions bien compte que le monde bougeait plus vite que nous n’étions capables de nous animer. Il y avait eu ce coup de semonce fou en plein mois de novembre qui avait atteinttout le monde dans sa chaire. Il y avait par dessus la COP21 puis enfin les élections régionales. Tant d’échéances inattendues et irréversibles qui pendaient en varappe au bord des naseaux. Il s’agissait de passer ces âpres moments où l’on sent que la mort est une conséquence vivante de notre passage terrien, de les considérer, de les soupeser dans leur globalité, dans leurs particularités affligeantes, et leur singularité désarmante, afin de vérifier leur compatibilité avec notre vie sur la Terre. Dans aucun de ces trois exemples, nous ne pouvions donner une issue certaine à l’ordre dans lequel se remettait à tourner en rond notre planète. Mais nous étions seulement assurés que plus rien ne serait comme avant. Les attentats avaient bousculé notre quotidien. Dans toute leur atrocité et leur proximité, pourtant, ils restaient un phénomène annexe et connexe, une conséquence de l’étendard de ce que notre patrie représente à une échelle plus globale. La COP21 allait concerner des milliards de gens, sans que nous nenous en rendions compte. Les régionales étaient un enjeu majeure non pas pour discerner si un parti farouchement antidémocratique allait ou non accéder un jour au pouvoir, ce ne sera pas le cas dans une échéance courte, mais qui visait seulement à déterminer si nos politiques, de tous bords confondus, étaient enfin capables d’entendre le message d’une majorité de Français usés de ne pas se sentir à leur place dans la confondante moyenne supérieure que nous propose le pays dans lequel nous avons la chance de vivre. Les politiques entendraient-ils deux choses, venir en aide aux plus démunis, qui, lors de périodes délicates comme celle que nous traversons aujourd’hui, doivent pouvoir compter sur les citoyens les plus aisés ; comprendre que le facteur peur était déterminant, et qu’à force d’en jouer, on pouvait rapidement se brûler.

*** 

Nous sommes le 21 décembre. C’est l’hiver. Une fois de plus. Le cycle est immuable.

En rentrant, j’ai laissé la douche plomber mes os, à la coule. Comme pour laver une année que je rêvais de voir s’en aller. Non pas qu’elle eut été personnellement désagréable, mais juste pour attester que le temps passait, le besoin de renouveau frémissait, le temps coulant sur mes flancs, délavant les couleurs des souvenirs.

Dans la spirale du fond, je discernais déjà moins les premiers mois, ascension cafardeuse et puissante qui s’élevait jusqu’à mai en danseuse. La descente depuis avait été un sprint sans fin. Cannes, j’étais alors le sosie de Fred, Paolo et Martin réunis, danse des portraits, tourbillonnant sur la croisette où l’on évite les passants de l’épaule en déclenchant au passage pour ne capturer ne serait-ce que l’effluve capiteux d’un parfum dégringolant d’une fourrure peu opportune. Les migrants de la Chapelle : un tunnel pour raccorder la terre aux étoiles. J’étais tout petit, je n’étais personne. J’aurais aimé garder ces regards dans de petits boîtiers précieux, ils valaient de l’or, ça valait la peine de les montrer, de sentir ce parfum-là, lourd comme une vie entière à porter, déporter, déplacer.

Puis Alger, puis Arles, la Méditerranée, les Vosges, le sud de l’Afrique, et une autre spirale, à l’envers, un drôle d’hémisphère que mon idylle des eighties. L’automne ne daignait plus s’effeuiller à proprement parler, etnous nous retrouvions avec des palanquées de feuilles virevoltantes dès que la bise nous flanquait d’une bourrasque au détour d’une rue, par surprise. À terre. J’ai touché la terre. Je laissais l’air chaud monter comme l’eau tempérée coulait. Mon appartement, surchauffé depuis quelques mois en prévision du blizzard ne concédait même plus à laisser la vitre de la douche s’embuer. Avant j’aimais, tu me regardais nu quand j’avais les yeux fermés et les oreilles remplies du crépitement du pommeau. Je ne voyais rien, je sentais que tu me regardais et cela suffisait. Aujourd’hui je regarde le vide par transparence. Un vague reflet me mate de biais, je suis accoudé à la paroi et l’eau dégringole encore. À mes pieds, elle rigole, elle, au moins, c’est un éclat de rire permanent. Ça tombe bien, dans une douche, on est camouflé pour pleurer. Sorti sec, je me suis couché nu pour vérifier que la terre tournait toujours rond. Comme je l’étais aussi, nous étions à peu près d’accord. D’un deal entendu, nous avons convenu que tout irait mieux demain, on quitte souvent les maux pour un mieux. Je garde les miens dans des petites boîtes capitonnées, des coffrets d’ébènes soyeux, des tiroirs aux alouettes que l’on découvre en fermant les yeux.


-*-*-*  Chants de Noël*-*-*-

The Partisan — Leonard Cohen

Bad Timing — dEUS

My City of Ruins — Bruce Springsteen

In the Dark Places — PJ Harvey

Colibria — Nicola Cruz

Yama Yama — Yamasuki

Good Knight (feat. Joey Bada$$) — Lirl Knight

Rub — Peaches

Ain’t no Sunshine — Michael Jackson

Jump To It — Aretha Franklyn

Amore Disperato — Nada

Quei Due — Nicolas Godin

Wuthering Heights — Kate Bush

Candy Salad — Dola Cat

Comment Revoir Oursinet ? — Sebastien Tellier

La bataille de neige — Domenique Dumont

Fantastic Cat — 嶺川貴子

Sueño en Paraguay (El Bu'ho Remix) — Chancha Via Circuito

Fall (feat. Snax) — Hotel Motel

When You Walk Through Them All (Peaking Lights Remix) — Jaakko Eino Kalevi

Stillness Is the Move — Dirty Projectors

Quimey Neuquen — Jose Larralde

Tarpuricusum Sarata (Captain Planet Remix) — Luzmila Carpio

Swell — Archy Marshall

Time Will Tell — Blood Orange

Drop the Game — Flume & Chet Faker

Flashy Flashy (Nicolas Jaar Remix) — Ellen Allien

Metropolis — Walter Hawkins

Two Arms Around You (feat. O’Kobbo) — Fakear

Bebete Vaobora — Jorge Ben

Fool for You Baby (feat. Jimi Hendrix) — Curtis Knight & The Squires

Man Utan Moral — Seppuku

Jungle — Panama

Writing On the Wall — Bob Moses

One Time — Marian Hill

Let Go and Look Up

The Things You Said — Depeche Mode

Ideas On Ghosts — Friends

Deny — Yasmine Hamdan

Let It Glow — Rover

Ocean Rouge — Flavien Berger

A Calf Born In Winter — Khruangbin

Step — Vampire Weekend

Easy Come, Easy Go — Tumbleweed Wanderers

Winners Lose — Herman Dune

Leaving My Old Life Behind — Franz Ferdinand